Des vacances humanitaires

Par 30 octobre 2017exploration, Julie, Vacances

Prendre ses uniques 3 semaines de vacances annuelles pour participer à un voyage humanitaire dédié à transporter des vélos au Togo, c’est le pari que Joëlle a fait. Oui, sa job stressante à C2 Montréal justifierait tout à fait qu’elle ait plus besoin de relaxer que de se lancer un autre défi. Et non, elle n’a pas choisi le voyage organisé parce qu’elle ignorait comment voyager dans un coin du monde moins touristique. Cette globetrotter a exploré en solitaire bien des territoires isolés, pour le plaisir ou pour le travail. Mais justement, comment se déstabiliser quand le voyage est devenu si naturel à 34 ans ?

Un simple courriel transféré par sa mère en avril dernier avec un petit «Me semble que ça t’intéresserait…» a suffit. Cyclo-Nord-Sud, organisme québécois qui fait la collecte de vélos usagés pour leur donner une seconde vie dans les pays du Sud organisait, en partenariat avec Éduc-Enfance-Internationale, un voyage de solidarité internationale. L’idée était de participer aux activités de lONG Écho de la Jeunesse. Là-bas, des mécaniciens sont en charge de réparer les vélos venus du Québec et les vélos fonctionnels sont ensuite offerts aux femmes du village pour leur permettre une plus grande autonomie. Toute cette idée touchait et allumait profondément Joëlle alors elle s’inscrit sur un coup de tête.

 

«Étant absolument face à l’inconnu, avec aucunes images en tête de ce qui m’attendait, j’avais mis beaucoup d’énergie avant mon départ sur du concret. J’avais focussé sur ce que je devais amener comme vêtements et cadeaux pour la communauté dans laquelle nous allions vivre. J’avais mobilisé mon réseau, magasiné des vêtements appropriés. Je m’étais accrochée aux paramètres que je maîtrisais et pourtant je suis revenue avec des souvenirs qui n’avaient rien à voir avec ce que je pensais découvrir.»

 

Elle a encore de la difficulté à résumer tout ce qui l’a touchée de ce périple. Mais en l’écoutant parler, j’en ai personnellement gardé 3 choses :

L’absence d’agenda – Vivre 3 semaines sans connaître de quoi sera fait la prochaine minute

La définition de soi – À l’extérieur de références communes qui force à revenir à la base 

La connexion à l’autre – Dans la simplicité et la banalité du quotidien

 

C’est cliché et tout le monde le dit, mais pour cette fille à l’agenda chargé , le moment présent africain est confrontant. Joëlle me racontait à la blague que son ami Abel, Togolais responsable de la cohorte québécoise, était presque devenu blême quand elle lui avait dit qu’il n’était pas rare pour elle de savoir précisément ce qu’elle ferait 3, 4 et même 5 semaines à l’avance à Montréal.

«J’ai appris à vivre au jour le jour. À coup de «on verra», j’ai appris à ne pas anticiper, à recevoir l’information quand celle-ci serait vraiment utile et entre les deux, à vivre dans le présent, avec les autres. »

Et parlons-en de ce contact avec les autres! Il devenait tout aussi spécial de connecter avec l’autre sans pouvoir se reposer sur ses mécanismes habituels. Mais comment se définir à l’extérieur de son travail, son rang social, ses activités, ses accomplissements et ses opinions ?

Comment faire pour ÊTRE quand on se définit par le FAIRE depuis plus de 3 décennies ?!

 

«J’ai vite réalisé que la connexion avec les Togolais ne passaient pas les questions d’usage de “Que fais-tu dans la vie?” ou “Tu as étudié dans quoi?”.  Nous ne définissions pas par nos dernières lectures, par nos allégeances politiques, etc. Tu deviens proche de quelqu’un parce que tu aimes sa présence, parce que tu partages son quotidien, parce que des expériences simples et banales vous unissent.»

Cette expression si pure de l’humain est finalement celle qui devient la plus complexe. Comme si on avait toujours eu des millions de couches pour se protéger du jugement de l’autre et qu’il fallait maintenant se présenter nu et espérer que ce soit suffisant pour connecter avec autrui.

Mais les Togolais ont cette façon d’accueillir le vrai de l’humain, comme s’il n’y avait aucune autre façon de vivre. Et à en croire Joëlle, ça permet une réelle détente.

«Être dans le paraître, c’est nécessaire dans notre société. Personne n’y échappe. Mais les jours où je sens que ça prend trop de place, je me revois accueillie dans ce petit village quelques jours après notre arrivée. Le maitre du village nous avait réunis sous l’arbre à palabre. Nous dansions au son des djembés des hommes avec ses femmes magnifiques et ces enfants. Nous nous regardions dans les yeux. Un monde nous séparait. Tout pouvait nous séparer. Mais à ce moment là, dans cette communion par la danse et le plaisir, nous étions frères.»

Les Africains ont offert ce qu’ils étaient, sans artifice, mais avec la plus grande fierté.

Et Joëlle n’est jamais revenue aussi reposée d’un voyage. Bien qu’elle ait travaillé tous les jours, elle a pourtant eu l’impression de se ressourcer comme jamais.

 

Julie

Julie a travaillé pendant 10 ans comme cadre marketing dans des compagnies financières du Québec. Un jour, ça ne va plus. Cette vie ne la rend plus heureuse et elle décide de quitter ce milieu pour devenir consultante et fonder GRAN-D-TOUR, une plateforme web qui souhaite inspirer les gens à faire à leur tête et à ne pas hésiter à changer de direction quand ils en ressentent le besoin.

About Julie

Julie a travaillé pendant 10 ans comme cadre marketing dans des compagnies financières du Québec. Un jour, ça ne va plus. Cette vie ne la rend plus heureuse et elle décide de quitter ce milieu pour devenir consultante et fonder GRAN-D-TOUR, une plateforme web qui souhaite inspirer les gens à faire à leur tête et à ne pas hésiter à changer de direction quand ils en ressentent le besoin.

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