En campagne pour reprendre l’entreprise familiale

Quand Justine a quitté la campagne à 17 ans pour s’établir à Montréal, elle ne pensait jamais revenir s’y installer 15 ans plus tard. Encore moins pour reprendre les rênes de l’entreprise familiale! La maternité a pourtant été le point de départ d’un gran-d-tour personnel et professionnel.


Justine m’avait déjà raconté qu’elle venait d’une famille d’entrepreneurs, propriétaire de Pépinière A. Massé, spécialisée dans la production des fraisiers. Elle avait grandi dans les champs.

La révélation était pour le moins surprenante car Justine n’a pas le physique de l’emploi. Elle entretient une grande passion pour les vêtements et souliers! Son rouge à lèvre fit toujours avec ses ongles qui fittent avec son collier, qui fit avec sa robe, qui fit avec ses bas de nylon qui fittent avec ses souliers (et même ses ongles d’orteils!) Faux cils, faux ongles et faux bun (je parle ici du truc qui permet d’avoir un chignon parfait comme dans les années Mad Men!), elle a déjà porté les 3 en même temps! Disons qu’on est loin du look de Jacynthe René!

Il est donc peu étonnant que Justine n’ait jamais eu d’intérêt à reprendre la business familiale. Elle ne se voyait pas retourner dans son village natal, St-Césaire, n’était pas passionnée de la fraise. ?

Jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte.

Elle est la première à l’admettre : la maternité l’a changée. Elle s’est rapproché de sa famille, a eu envie de laisser quelque chose à Léo et a soudainement trouvé beaucoup moins intéressantes toutes les sorties jet set qu’elle pouvait faire auparavant.

C’est le début du #gran-d-tour. Justine étant en «congé», elle passe plus de temps avec ses parents. Elle renoue avec l’air pur de la campagne, le rythme de vie plus calme et aussi cliché soit-il, les choses plus simples, plus vraies. Ce retour aux sources lui fait du bien.

Alain, son père, homme d’affaire aguerri, en profite pour lui vendre un nouveau projet : Lancer un site web transactionnel offrant des plantes fruitières à monsieur-madame tout le monde. Ça fait déjà quelques années qu’il y pense, mais il n’a pas le temps de s’en occuper. Lui qui vend depuis toujours à des grossistes a besoin de sa fille pour savoir comment s’adresser au marché des particuliers. Justine pourrait donc faire le branding du projet, travailler avec l’agence de publicité, etc. Au début, c’est un petit mandat, qui finira cependant par être l’hameçon de son père pour planifier la passation de l’entreprise à sa fille. Fin renard! Justine raconte à la blague qu’elle s’est faite prendre comme une débutante!

Justine apprend donc tranquillement l’industrie et bâtit le projet du site web de Cutiv’art permettant aux citadins de faire pousser des fruits exotiques (comme des kiwis!!!) dans leur potager.

Elle passe 3-4 jours par semaine à St-Césaire avec bébé Léo, loin de Seb, son chum, qui doit rester en ville pour travailler. Pas évident pour le nouveau papa qui s’ennuie de son monde. Pas évident non plus pour Justine de recréer un équilibre de vie. Un nouveau bébé et un nouveau projet, ça gruge beaucoup de temps. Des sacrifices sont faits : on voit moins les amis pour tenter de se retrouver en couple et en petite famille la fin de semaine.

Aux fils des semaines, son père lui donne plus de responsabilités. Jusqu’à ce qu’il soit décidé qu’elle reprendra tranquillement l’entreprise pendant la pré-retraite de son père. 2 ans sont prévus pour le transfert de connaissances car le père de Justine sait que sa fille ne sera pas acceptée les bras ouverts dans cette industrie plutôt machiste. Les compagnies américaines avec qui il traite depuis des années souhaitent transiger avec un homme alors il faudra bien présenter la relève pour ne pas perdre le client. Même chose pour les travailleurs saisonniers mexicains qui auront à s’habituer aux ordres venant d’une femme. La bataille n’est pas gagnée! Justine devra enlever ses faux cils. Pas de négociation possible sur ce dossier-là, le paternel a parlé. Justine dit à la blague qu’elle a accepté de perdre cette bataille pour avoir des munitions pour les prochaines. Travailler avec sa famille comporte son lot de défis (lire le Guide de survie pour une business familiale). Elle veut bien s’adapter, mais refuse cependant de se travertir pour fitter. Parce que nous sommes en 2016, comme dirait Trudeau! ?

Parlant de femmes de tête, il y a aussi la mère de Justine dans l’entreprise. La pépinière a été au centre de sa vie pendant les 35 dernières années, mais elle souhaite une retraite différente. Colette insiste donc auprès de sa fille pour qu’elle reprenne la maison de son enfance, annexe à la pépinière. Elle connaît trop bien son époux et elle sait pertinemment qu’il ne sera jamais capable de décrocher s’il est encore physiquement sur les lieux 24 heures sur 24. Et parallèlement, quoi de mieux pour la relève que d’être obligée de se lever à 5 heures tous les matins pour comprendre l’implication nécessaire au succès de l’entreprise. Décidément, ils sont tous rusés dans la famille!

C’est donc un mardi soir en revenant de St-Césaire, que Justine propose à Seb de vendre leur maison pour déménager à la campagne. En s’ouvrant une bière pour digérer la nouvelle, il répond simplement : «J’ai toujours su que c’est ce qui arriverait. Je te suis, je ne veux plus être séparé de vous. C’est un beau projet.» Quand on est avec la bonne personne, les changements nous effraient moins.?

Et la maison est mise en vente. Et la démission officielle à l’ancien employeur de Justine est donnée. C’est maintenant confirmé : une nouvelle vie commence! Adieu les faux cils et la vie urbaine! Direction St-Césaire pour reprendre les rênes de l’entreprise familiale… avec des bottes de pluie Michael Kors quand même!

Crédit photos : Samuel Langlois

 

Julie

Julie a travaillé pendant 10 ans comme cadre marketing dans des compagnies financières du Québec. Un jour, ça ne va plus. Cette vie ne la rend plus heureuse et elle décide de quitter ce milieu pour devenir consultante et fonder GRAN-D-TOUR, une plateforme web qui souhaite inspirer les gens à faire à leur tête et à ne pas hésiter à changer de direction quand ils en ressentent le besoin.

About Julie

Julie a travaillé pendant 10 ans comme cadre marketing dans des compagnies financières du Québec. Un jour, ça ne va plus. Cette vie ne la rend plus heureuse et elle décide de quitter ce milieu pour devenir consultante et fonder GRAN-D-TOUR, une plateforme web qui souhaite inspirer les gens à faire à leur tête et à ne pas hésiter à changer de direction quand ils en ressentent le besoin.

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